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TEMOIGNAGE D’UN MILITANT DE LUCHA, FILS D’UN POLICIER !


Publié le : 21 juillet, 2019 à 14:11 | |


Être Activiste en étant enfant d’un policier ou d’un militaire n’est pas facile en RDC.

Je me souviens quand j’ai commencé la lutte au sein du mouvement citoyen lutte pour le changement « Lucha », premièrement ma mère et mon père n’avaient pas cru, ils étaient étonnés le premier jour où j’étais emprisonné, d’ailleurs c’est mon père qui avait informé ma mère car lui aussi faisait partie des policiers qui nous avaient arrêté ce jour-là, je me souviens.

Après une année de lutte, une décision du General AWASHANGO (inspecteur provincial de la police au Nord-Kivu) était tombée selon laquelle « tout enfant d’un policier ou d’un militaire qui sera attrapé dans des marches, c’est son père qui sera conséquent ». Mon père était venu à la maison, et me dire toi avec la Lucha, tu vas chercher là où faire votre lutte, pas dans ma maison, car je dois conserver mon boulot. Ah ! Ce jour-là maman était triste, en me disant « Mbone kazi ya babako itaisha » (maintenant, ton père perd son travail) laissez cette lutte.

J’ai répondu à maman « mais nous luttons aussi pour que les policiers et militaires soient bien payés », papa avait entendu, vite, j’ai entendu son cri « vous n’êtes pas notre syndicat ». Plus des trois fois mon père faisait partie de ceux qui nous arrêtaient, heureusement peut être pour moi ou en tout cas malheureusement contre notre idéologie, on voulait nous arrêter un jour, ceux qui nous bousculaient afin de nous faire monter dans une jeep policière, me prenaient avec un peu de légèreté pour que je puisse trouver l’occasion de m’échapper à l’arrestation, mais j’ai croisé fortement mes mains dans les mains des autres militants, rien que pour obéir à notre principe « Assumons ensembles ou risquons ensemble ». Ils nous avaient arrêté, et puis mon père était venu dire à ma mère, ton fils est arrêté à Mugunga. Maman l’avait répondue « vous ne faites pas d’efforts pour qu’il soit libéré, mais chaque fois vous m’informez » selon les dires de mes petits frères lors de la libération, Papa avait répondu « faire quel effort pour quelqu’un quand nous les arrêtons il sert fortement ses amis les mains ? ».

Les amis de mon père au boulot m’avaient appelé en me disant « tu dois choisir entre sauver ou sacrifier le boulot de ton père ». Je les avais répondus « celui qui a pris une telle décision sait lui-même qu’elle est nulle » aussi il veut que vous nous fassiez pression ainsi….

Des difficultés étaient nombreuses, parfois, les parents refusaient de me payer les études, sachant que comme je suis chaque fois arrêté, ils vont perdre leurs frais…

Et voilà aujourd’hui, ma mère qui pleurait quand je suis arrêté chaque fois, par être aussi peureuse qu’un jour je sois tiré la balle et mon père qui avait des soucis pour son boulot ; tous quand il y a des problèmes ou des crises dans le pays me demandent qu’est-ce la Lucha dit ou va dire. Nous vous attendons !!!!

Mais je n’oublie pas le jour où j’ai reçu un gaz lacrymogène au dos à la cathédrale de Virunga, ma mère avait été mal informée, soit disant qu’elle peut aller récupérer le corps de son fils à la morgue à l’hôpital général de Goma, tout en rentrant de l’hôpital CBCA NDOSHO où j’étais soigné, je l’avais trouvé mince ce jour-là, elle avait déjà dit à la famille que je suis déjà mort, elle avait déjà sillonné tous les hôpitaux de la ville, me voyant rentré, elle avait souri en pleurant, tout en disant  » Utaniuwaka na tension » (tu me tuera par la tension), moi aussi j’ai pleuré, mais à la fin elle m’avait payé un Vitalo froid.

En rentrant dans mon quartier, les amis étaient joyeux, bien qu’ils m’eussent vu comme un extraterrestre…

Parfois nos parents ne comprenaient pas notre lutte, mais ma résistance et mon comportement les amènent un peu à devenir tolérant parce que tout simplement ils entendent les témoignages ailleurs. Quand nous nous comportons bien dans nos familles, et quartiers nous donnons à notre lutte la valeur et la considération.

À l’époque certains disaient à mon père « Kazi yako inataka isha, et d’autres hypocritement, mais aujourd’hui il est respectueux car ils disent à mon père vous avez déjà un enfant sur lequel la RDC patiente pour la sauver. Vaut mieux que certains de nos enfants adhèrent dans cette Lucha que parfois ce qu’ils font dans les quartiers. Telles sont leurs paroles aujourd’hui…

En tout cas pour nous les enfants des policiers et militaires faire la lutte au sein des mouvements citoyens, à l’instar de la luchaRDC n’est pas facile.

Ce n’est pas facile pour les enfants des policiers et militaires de faire la lutte au sein des mouvements citoyens en RDC, souvent leur hiérarchie policière ou militaire pensent qu’ils sont manipulés par leurs parents du fait qu’ils ne sont pas bien payés et vivent des conditions qui sont au vinaigre.

Souvent leurs supérieurs hiérarchiques pensent à mon avis que la présence des enfants des policiers et militaires dans des manifestations risquent de réduire leur intervention lors de la riposte contre les manifestants, du fait que leurs enfants en font parties. C’est pourquoi une décision avait tombé en RDC selon laquelle « tout enfant d’un militaire ou policier qui sera attrapé dans une marche ou manifestation publique, son parent sera conséquent ».

Eliezaire Ushindi

Militant de Lucha.


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