Declaration du 21 09 2015 – Journee International de la Paix

Voici l’intégralité de la Déclaration que nous avons lue ce jour pendant la manifestation à ‪#‎Goma‬, place de la République, à l’occasion de la Journée Internationale de la Paix. Le lien GoogleDrive est à la fin. A lire et partager largement !  [version PDF]

I.
Le 21 septembre de chaque année, le monde célèbre la Journée Internationale de la Paix. En République Démocratique du Congo, nous sommes toute une génération à n’avoir jamais connu la paix. Les guerres et les rébellions se succèdent et rivalisent de violence. Combien de millions de nos compatriotes ont perdu la vie au cours des seules vingt dernières années, mais n’ont même pas un stère érigé en leur mémoire ? Combien de milliers de nos mères et de nos sœurs ont vu leurs corps violés, souillés et chosifiés…mais ne peuvent même pas rendre témoignage ? Sans parler de nos forêts dévastées, de nos champs et nos fermes vandalisés, et de tant de minerais lavés dans notre sang pour faire la prospérité des autres !

Nous sommes ici rassemblés, jeunes femmes et hommes, de toutes tribus et de toutes religions, pour redire notre désir de paix. Comme tous les Peuples du monde, nous voulons pouvoir vivre, étudier, imaginer, inventer, travailler, jouer, … librement et paisiblement. Nous voulons la paix, nous voulons la sécurité, nous voulons la tranquillité et la stabilité dans notre pays.

Nous sommes ici pour :

  1. 1. Rappeler la nécessité d’un processus électoral régulier et d’une alternance politique apaisée au sommet de l’Etat en 2016, comme gage de la consolidation de la paix et de la démocratie ;
  2. Dénoncer l’insécurité grandissante à l’Est de la RDC, que les autorités et la Monusco semblent incapables d’arrêter, avec notamment le massacre continu de nos compatriotes dans la région de Beni, la situation inquiétante des réseaux de kidnappeurs et de coupeurs de routes qui opèrent de plus en plus au Nord-Kivu en toute impunité, etc.
  3. Demander la libération de nos jeunes compatriotes Fred Bauma et Yves Makwambala des mouvements citoyens Lucha et Filimbi, qui viennent de dépasser 6 mois de détention injustifiée à Kinshasa, et la revendication plus générale du respect des libertés publiques (libertés d’opinion, d’expression, et de manifestation pacifique) en cette période électorale.

Les flambeaux que nous avons allumés sont un signe d’hommage à tous nos compatriotes morts dans les violences de ces 20 dernières années, et que nous n’oublierons jamais. Spécialement les victimes des massacres de Beni de ces derniers mois. Mais c’est aussi un signe d’éveil, de liberté et d’espoir.

II.
Depuis le mois d’octobre 2014, une série de massacres d’une horreur indescriptible cible nos compatriotes de la région de Beni. Le décompte funeste des morts et les images d’hommes, de femmes, d’enfants et de vieillards découpés comme du gibier font régulièrement la une des médias, sans émouvoir plus que ça ceux qui ont la charge de les sécuriser, et sans que les auteurs de cette barbarie soient clairement identifiés, traqués, et mis hors d’état de nuire. Quelques braves soldats des FARDC font d’énormes sacrifices pour protéger nos concitoyens et défendre la souveraineté nationale, mais leurs conditions de vie et de travail sont tout sauf un motif d’encouragement et de motivation. Pendant ce temps, les Casques Bleus de l’ONU observent. Leurs drones, leurs hélicoptères, leurs chars et leurs 4X4 sont indifférents au sort des enfants innocents victimes d’une extermination qui ne dit pas son nom.

Au même moment, à Beni, Lubero, Rutshuru et même Goma, un nouveau phénomène a vu le jour et se porte bien : le kidnapping contre demandes de rançon, manifestement orchestré par des réseaux bien organisés, dans l’impuissance totale de ceux qui sont censés nous protéger. C’est ici l’occasion de rendre hommage à une compatriote courageuse, notre camarade Adeline Masika Matabishi, dernière victime en date du kidnapping, dont les tortures physiques et psychologiques pendant près de deux semaines de captivité n’ont pas entamé la détermination et la dignité.

III.
Cette année, la Journée Internationale de la Paix est célébrée dans un contexte très particulier pour notre pays, qui doit organiser une série d’élections cruciales pour l’avenir de notre démocratie encore balbutiante, pour la consolidation de la stabilité qui a du mal à se concrétiser, et finalement pour l’avènement et la consolidation de la paix que nous attendons depuis trop longtemps. Les développements politiques et le comportement de la classe politique au cours des derniers mois montrent clairement que certains essaient par tous les moyens de torpiller le processus électoral, voire d’empêcher carrément la tenue d’élections, par des subterfuges comme ils en ont le secret. En cette Journée Internationale de la Paix, nous voulons envoyer ce message vibrant à la classe politique congolaise, toutes tendances confondues : Quiconque s’oppose ou tente d’empêcher la tenue d’élections démocratiques et inclusives et l’alternance politique dans le respect strict de notre constitution est un ennemi de la paix et un ennemi du Peuple Congolais, qui doit être traité comme tel.

Aux quatre coins du Congo, la jeunesse et des citoyens de tous âges et de toutes conditions sont de plus en plus éveillés pour exiger le respect qu’ils méritent, la réalisation de leurs aspirations, et pour demander des comptes à ceux qui ont reçu mandat de gouverner. Hélas, la répression aussi s’accentue. La police, l’armée, les services de renseignements sont utilisés contre des citoyens qui ne font qu’exercer leurs droits pacifiquement. Et la Justice, censée être garante des droits et des libertés publiques, emboîte le pas pour devenir elle aussi un instrument de répression comme tant d’autres. Les cas de nos camarades Fred Bauma et Yves Makwambala détenus à Kinshasa depuis plus de 6 mois, tout comme le cas plus récent de nos 4 camarades condamnés par des juges sans scrupule, sont très emblématique de cette situation. En cette Journée de la Paix, nous exhortons les autorités à libérer nos camarades, car continuer à les détenir si injustement ne fait que montrer une image trs négatives de nos autorités et nos institutions aux yeux du monde.

Nous exhortons les magistrats à s’émanciper du joug politique qui les tient en otage, volontairement ou non, en faisant un effort de dire le droit, rien que le droit, comme leur serment les y engage. Autrement, ils sont entrain de contribuer à la descente aux enfers de notre pays, et ils partagent la responsabilité de tous les malheurs de cette grande Nation.

Vive un Congo libre, démocratique, uni, paisible et prospère !

Vive la lutte pour le changement !

Téléchargez la déclaration ici : https://drive.google.com/…/0B0r114rrPo25d2RUbWFiRkx5S…/view…

2015 09 21 Lucha 3