LUCHA

Manifeste du Congo Nouveau


L’État congolais est particulier. Ses composantes, territoire, institution, et population, qui lui garantiraient ses fonctions et un prestige interne et international, s’infectent les unes aux autres.


Un territoire qui s’étend sur deux millions trois cent quarante mille kilomètres carrés, mais dont les frontières sont bousculées par les intérêts économiques régionaux, et internationaux. Les ressources naturelles sont éparpillées sur le sol et le sous-sol, mais sont systématiquement pillées par des multinationales et des privées en connivence avec des politiciens égoïstes et voleurs congolais. Les entreprises publiques et parapubliques existantes, se limitent à l’extraction des matières non renouvelables, et exportent une grande partie par des fraudes organisées. La bureaucratie exagérée jointe aux diverses formes de corruption complique et bloque la créativité des jeunes entrepreneurs, dissuade les potentiels investisseurs sérieux et favorise une évasion et une fraude fiscale faisant perdre à l’État d’énormes sommes d’argent au profit des quelques personnes « agent de l’État ». Ainsi, de plus en plus d’employés de directions dans les entreprises étatiques ou des ministères sont plus riches que les institutions qu’ils dirigent. L’agriculture et l’élevage qui pourraient être les piliers économiques sont des secteurs qui souffrent de l’insécurité généralisée, des mauvais états des infrastructures et de l’absence d’un accompagnement adéquat. 

La grande richesse du Congo, qui lui donne sa hauteur, c’est sa population. Un peuple courageux. Une population heureuse de sa diversité, parlant plus de 400 langues et des milliers des dialectes, avec chacune une culture riche en histoire et en vie. Un peuple qui a survécu avec dignité aux crimes de la traite des noirs, de la colonisation, de la dictature, et qui se bat encore aujourd’hui contre une démocratie défigurée. Un peuple résiliant qui, après chaque supplice, redresse son échine et va de l’avant sans avoir à ressembler à ses oppresseurs. Un peuple qui espère. Mais, qui, pour survivre à des institutions qui l’écrasent, se réinvente chaque jour. Dénonçant sans se harasser les violences auxquelles, elle refuse de s’habituer. Dans son impuissance, elle refuse de familiariser à ses propres drames quotidiens. Ainsi, elle se lamente, elle critique sa situation et son identité qui ne ressemble pas à son essence. Dans son quotidien, l’accès aux besoins primaires de base est pénible. L’eau potable, l’électricité, la santé, la communication, l’éducation ou un repas journalier minimal sont des luxes. Les pauvres, pourtant majoritaires, sont voués à l’analphabétisme, à la souffrance et à la mort. Les nanties s’offrent de faire étudier leurs enfants, d’aller se faire soigner à l’étranger ou simplement de circuler sur des épouvantables routes dans les grosses voitures sportives. Les jeunes et les enfants d’aujourd’hui, qui sont le pilastre de la nation de demain, sont les fils de la longue guerre qui dure depuis trois décennies.

Nous sommes les enfants de la guerre, mais nous rêvons et nous luttons pour la paix. Nous sommes pauvres, mais nous luttons pour accéder à un niveau de vie digne qui n’existe que dans nos rêves. Dans les inégalités quotidiennes, nous luttons pour la justice. Nous connaissons le parcours dégingandé des services de sécurité congolais. L’armée et de la police congolaise actuelle sont désordonnées, fragmentées, illogiques et par conséquent inefficaces. L’armée et la police ont été des outils au service des différents pouvoirs pour protéger des intérêts des plus forts et opprimer les plus faibles. Elles sont un consortium composite des groupes et individus armés qu’on appelle, selon les temps et les circonstances, « Forces Armées de la République Démocratique du Congo » ou « police nationale congolaise ». L’appareil judiciaire, quant à elle nourrit le circuit en défendant ceux qui sont plus influents, plus riches, plus puissants. Ses agents s’enrichissent sur le dos des prévenus coupables et des plaignants. Le droit, le devoir et le pouvoir des citoyens sont bafoués et piétinés par certains individus qui ne craignent plus la force des lois.

Ceux qui osent lever leurs voix pour défendre leurs droits, font fassent à une répression violente, pour les empêcher d’avancer dans leur cause et en même temps pour décourager ceux qui sont inspirés par leurs actions. Dans tous les cas, la corruption, les injustices, les fraudes, les violences et diverses inégalités scandaleuses sont tolérées, entretenues, expliquées et comprises par ceux les commettent et ceux qui les subissent. Un système de prédation qui enfonce les pauvres aux extrémités de la survie et les riches dans la peur pour leur vie. Par conséquent l’État ne remplit pas ses fonctions régaliennes de défense de l’intégralité du territoire, de protection des citoyens et leurs biens, de redistribution des richesses, de garantie pour la justice équitable pour tous et une meilleure qualité de vie. L’État congolais est malade.

La communauté internationale dans tout ça !

ar souci d’empathie, de compassion, de positionnement stratégique ou simplement des transactions économiques, d’autres acteurs se sont ajoutés au chaos congolais et influencent considérablement le système politique et social et même économique : ce sont les organisations internationales, les embrassades, et quelques étranges businessmans. Sur les fonds d’aide humanitaire ou aide au développement, il y a de plus en plus des personnes, des institutions, des pays qui interviennent en RDC. Leurs priorités sont diverses et vont des actions d’urgence comme la distribution des quelques aliments, jusqu’au aux thématiques les plus flous comme ceux liés au développement intègre et intégral. La communauté internationale mal définie et mal comprise a su construire un vrai système parallèle à l’État, financièrement et diplomatique plus fort que lui. Elle intervient essentiellement là où l’État a échoué, et sournoisement, elle remplace ou déresponsabilise celui-ci. Ainsi, l’État congolais malade et la confuse communauté internationale sont des partenaires stratégiques. Ensemble ils gèrent les problèmes, pour maintenir des valeurs positives apparentes qui n’existent que dans leurs discours et qu’on ne retrouve pas dans la réalité des faits. Ils se soutiennent mutuellement pour imposer leurs hégémonies ou se désolidarisent momentanément pour distraire un peuple qui meurt de soif du voir autre chose que des jeux hypocrites.

Aujourd’hui, en 2019, Nous sommes enfermés dans le cercle vicieux dans lequel les problèmes engendrent des conséquences. Ces derniers engendrent à leur tour des complications plus dégoûtantes les unes plus que les autres. Actuellement, plus que jamais, les batailles sont inévitables. La liste des rois et des héros qui se sont opposés aux systèmes d’oppressions est longue quand on se fie à la tradition orale véhiculée par les devinettes, les comptes, les chants et les danses de différentes tribus congolaises. L’histoire écrite ne parle brièvement que de quelques noms emblématiques comme celui de Simon Kimbangu, Kimpa Vita et de Patrice Emery Lumumba. Aujourd’hui, des nouveaux citoyens qui ont dédié leur vie à la patrie, guident nos rêves. Ils sont Luc Nkulula, Mamadou Ndala, Rossy Mukendi, et tous les autres citoyens qui ont perdu leur vie pour que naisse un Congo Nouveau qui les ressemble.

Sur leurs pas, en continuant leurs combats, nous avons choisi de nous battre pour le changement. Nous nous levons pour défendre nos droits, pour dénoncer les abus de droit, pour critiquer les solutions et les demi-solutions mises en œuvre par différents acteurs, qu’ils soient étatiques ou non. Nous proposons ce que nous pensons être les meilleures voies de changement et pour agir en vue de réaliser le rêve d’un nouveau Congo. Certes, nous sommes conscients de la lourdeur de la tâche que nous exécutons voilà maintenant 7 ans, nous sommes aussi conscients de notre responsabilité pour nous-mêmes et pour les générations futures. C’est pour cette raison que nous avons choisi de militer au sein du mouvement LUCHA. Depuis le début de notre lutte, nous essayons de répondre aux questions sur les causes profondes des problèmes de notre pays. La réponse n’est pas une, car chaque situation que nous analysons est à la fois unique et en même temps, elles sont liées à une série d’événements historiques et géographiques qui renferment les mêmes caractéristiques :

La colonisation qui a détruit irrémédiablement notre société en diabolisant les structures traditionnelles, construites à travers les temps en s’adaptant à l’espace et aux besoins de ceux qui y vivent, points de repère de toute société. Nous sommes encore dans cette structure coloniale, qui donne à certains des droits de voler ou de tuer, met les uns au-dessus des autres dans une hiérarchie qui assujettit. À cela s’ajoutent des guerres pour le contrôle des richesses et du pouvoir, qui n’en finissent pas malgré les sacrifices durs déjà consentis par le peuple. Et les échecs de solutions, dont certains sont simplement des distractions compliquent inutilement le travail. Nous sommes le fruit de ce chaos. Dans chacune de nos expériences, nous voyons notre propre pays en miniature. Mais nous voulons aller à contre-courant, en refusant d’attendre qu’un sauveur nous vienne en aide, en refusant de nous accoutumer à ces maux, en refusant de laisser faire. Car nous sommes la solution.

La solution viendra du peuple

Certes, Le problème du Congo est complexe et semble souvent absurde pour ses multiples mutations. Mais, il existe une voie de sortie efficace : l’engagement du peuple. Un peuple qui impose un nouveau système politique, économique, culturel. Un peuple qui impose la révolution, la lutte finale.

Cette révolution passera par le refus de ce quotidien que nous avons actuellement. Le choix de se battre pour autre que la survie. La mobilisation du peuple pour l’instauration d’un autre système plus légitime et plus redevable. Elle se construira sur un intérêt partagé par tous les Congolais où qu’ils soient d’exiger les grandes réformes dans les secteurs clefs de la vie d’un état. Car il appartient au peuple congolais de couper le cordon qui relie les défectuosités de notre temps, de leurs causes et de leurs conséquences. Et de construire le Congo Nouveau.

Elle ne passera pas fondamentalement par les mouvements des masses, bien cela reste une possibilité. Pour nous, chaque individu où qu’il soit, peut changer le cours de l’histoire. La naissance d’une nouvelle société congolaise exige des nouvelles personnes qui se reconnaissent dignes et luttent pour leurs droits, accomplissent leurs devoirs et connaissent leurs pouvoirs. Elle se construira par la prise de décision et position personnelle par chaque congolais de refuser individuellement ou collectivement les us et habitudes toxiques communément acceptés, d’imposer sur soi, d’influencer autour de soi les valeurs patriotiques. Ceci aura une influence très marquée sur l’amélioration des institutions existantes et la fondation d’un État Congolais sur la base de la diversité des richesses culturelles congolaises :

UN CONGO NOUVEAU, Ce Congo nouveau que Lumumba a rêvé, ta ferme décision va le rendre vivant.

Par notre silence, notre résignation, nous nourrissons, nous engraissons un mal qui nous enchaîne et nous domine.

Nous sommes les seuls qui peuvent libérer notre pays, en nous libérant nous-mêmes. Un à un, nous devons sortir de son emprise. Où que nous soyons, la petite corruption, nous la dénonçons, nous nous éloignons d’elle. L’injustice la plus banale, nous la condamnons et nous exigeons qu’elle s’arrête. L’histoire du Congo, deviendra l’histoire de notre quotidienne vie, l’histoire du Congo Nouveau, c’est celle de notre courage. Le pouvoir est dans nos mains. L’espoir c’est Nous.

Chaque geste que tu poseras désormais, sera un pas vers le Congo Nouveau.

Signer le manifeste est le point de départ pour une nouvelle aventure personnelle et collective d’un Nouveau Congo. Lien en ligne pour le manifeste.


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