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Communiqué relatif au meurtre de notre camarade Muhindo Obadi et à la situation dans la région de Beni.


Publié le : 25 novembre, 2019 à 01:15 | |


Communiqué n° LUCHA/201913

Ce samedi 23 novembre 2019 vers 12 heure locale, des éléments du « Groupe mobile d’Intervention » (GMI) de la Police nationale congolaise ont tiré des balles réelles sur des manifestants à Beni, touchant au moins six personnes dont notre camarade Muhindo Kanzogha Obadi.

Atteint par une balle dans la tête, notre camarade a été emmené à bout de bras par d’autres militants au Centre hospitalier Nyankunde, où on a refusé de l’admettre vu son état grave. Conduit à l’hôpital général de référence de Beni, il est décédé dans l’entrée, vers 13 heure. Les cinq autres blessés sont actuellement soignés dans le même hôpital.

Obadi et les autres manifestants partaient du centre-ville en direction du quartier-général de la MONUSCO à Boikene, par la route nationale n°4 qui traverse la ville de Beni. En route, ils ont croisé les éléments du GMI qui avaient formé un cordon sur la route, non loin de leur bureau. D’après plusieurs témoins oculaires, c’est un policier du GMI qui a visé avec son arme et tiré une balle dans la tête de notre camarade qui se trouvait à une dizaine de mètre de lui.

Contrairement aux mensonges qui ont été propagés par la Police nationale congolaise, ce n’est donc pas au quartier-général de la MONUSCO que l’incident s’est produit. Par ailleurs, Obadi et tous nos autres camarades qui participaient à ces manifestations étaient comme toujours non-violents et inoffensifs. Ils ont même, à plusieurs reprises, essayé de calmer d’autres jeunes (non-LUCHA) qui tentaient désespérément de s’en prendre à la MONUSCO ou à la police en réaction à la violence extrême et totalement inutile de la police.

Depuis le lancement de la dernière « grande offensive » en date contre les rebelles ougandais et les milices locales par l’armée congolaise, au moins 70 civils ont été sauvagement massacrés et plusieurs autres enlevés dans le territoire et la ville de Beni, sous le nez et la barde de nos forces de sécurité et de la MONUSCO. Les manifestations quotidiennes qui ont débuté le 19 novembre 2019 à l’appel de la LUCHA et d’autres organisations locales de la société civile visent à exiger des mesures effectives de sécurisation des civils contre les tueurs, ainsi que le départ immédiat de la MONUSCO qui ne prend pas part aux opérations actuelles et ne fait absolument rien pour prévenir ou arrêter les attaques récurrentes contre les civils conformément à son mandat.

Obadi n’est pas la première victime de l’usage excessif de la force, y compris la force létale par la Police nationale congolaise à l’occasion des manifestations le plus souvent pacifiques. Malheureusement, il est peu probable qu’il sera le dernier, puisque cette répression brutale n’est presque jamais suivie de poursuites et de punition pour les auteurs et leurs donneurs d’ordre.

Eu égard à ce qui précède :

  1. Nous rendons hommage à notre camarade MUHINDO Obadi, martyr de la paix à Beni, et appelons les citoyens Congolais et toutes les personnes de bonne volonté à se mobiliser pour que son sang et celui de toutes les victimes de la barbarie à Beni ne puisse pas être vain : cette situation a trop duré, ensemble nous pouvons élever nos voix et faire le nécessaire pour que la paix revienne. Car comme le disait si bien Obadi, il n’y a pas de Congo sans Beni !

  2. La LUCHA condamne dans les termes les plus fermes ce Nième meurtre d’un manifestant pacifique par la police censée protéger les gens, non les tuer. Nous exigeons l’arrestation et les poursuites contre le vrai auteur de ce meurtre, contre tous les éléments de la police impliqués dans la répression, contre le commandant du GMI à Beni et contre tout autre commandant ou autorité civile qui aurait autorisé ou cautionné l’usage des armes à feu contre les manifestants.

  3. La LUCHA félicite les FARDC qui ne se sont pas impliquées dans la répression jusqu’ici, et leur renouvelle son soutien dans les opérations qu’elles mènent. Nous les appelons instamment à s’assurer que des ceintures de sécurité sont établies autour des grandes agglomérations pour prévenir ou répondre rapidement à toute nouvelle attaque contre la population civile. La LUCHA appelle aussi le gouvernement à leur donner les moyens et tout le soutien dont elles ont besoin pour réussir leur mission, et le président Tshisekedi à écarter sans atermoiement les officiers à la tête de l’armée, des services de renseignement ou d’autres unités, qui ont été impliqués dans des violations des droits de l’homme, la collusion avec les groupes armés et d’autres crimes.

  4. La LUCHA redit à la MONUSCO ce qui suit : faites votre travail de protection effective des civils, ou pliez les bagages et rentrez dans vos pays ! Nous en avons assez de mourir sous votre regard faussement compatissant, à côté de vos bases qui ne protègent personne d’autre sinon vous-mêmes.

  5. La LUCHA appelle enfin les autorités ayant à leur disposition la police nationale congolaise, y compris le maire de Beni, l’administrateur du territoire de Beni, le gouverneur du Nord-Kivu, la hiérarchie de la police nationale et les ministres nationaux de l’intérieur et droits humains, à veiller à ce que la police arrête avec l’usage abusif de la violence contre la population qu’elle est censée protéger, et que tout manquement soit réprimé de manière rapide et exemplaire.

Muhindo Kanzogha Obadi alias Bela est né à Mangina en territoire de Beni le 11 mai 1993 (26 ans). Il travaillait à Beni-ville comme conducteur de taxi-moto. Célibataire et sans enfant, il habitait au quartier Ngongolyo dans la commune Mulekera, ville de Beni. Obadi avait rejoint la LUCHA en 2017 et s’était depuis distingué par son dévouement et son courage exemplaire, prenant presque toujours le devant dans les actions. Pour nous ses camarades comme pour ses amis et tous ceux qui le connaissaient, c’était un garçon calme, brave, aimable, intègre et généreux ; un grand travailleur qui gagnait honnêtement sa vie et était promis à un bel avenir malgré le contexte difficile. C’était aussi un patriote toujours prêt à défendre la Cause de la paix, de la justice et de la dignité, quitte à subir des brimades ou sacrifier son travail et ses loisirs. Il aimait Beni, il aimait la vie, mais par-dessus tout il aimait le Congo.

Son martyr est un choc qui laisse un autre vide, après le trou béant laissé par la perte de notre camarade Luc Nkulula à Goma en juin 2018. Mais loin de nous décourager, leur sacrifice nous motive davantage à poursuivre le combat pour la paix, la liberté et la dignité, sans jamais recourir à la violence qui est l’unique argument des prédateurs internes et externes du Congo. Leur sang est un ferment pour notre engagement et un serment à ne jamais trahir la Cause qui était la leur. C’est enfin une exhortation aux Congolaises et aux Congolais à se lever pour que Beni et d’autres régions meurtries de notre pays aient enfin la sécurité et que justice soit faite. Dans un élan citoyen, nous pouvons ensemble faire bouger les lignes afin que la paix revienne. Seulement alors, Obadi et tous nos martyrs pourront reposer en paix ! C’est le plus bel hommage qu’ils méritent.

Le deuil de notre camarade se tient au domicile familial au quartier Tamende non loin de l’entrée de l’institut Alpha, en ville de Beni. Ses obsèques sont prévues mercredi 27 novembre 2019 suivant les détails qui seront communiqués ultérieurement. Tout soutien matériel ou financier (non conditionnel) pour lui rendre un hommage digne ou soutenir sa famille sera apprécié. (Airtel money : 0974 233 390, M-Psa :0810946621)

Fait à Beni, le 24 novembre 2019,

Pour la LUCHA

La Cellule de Communication.


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