Ça nous interpelle sur l’avenir de nos universités! Par Bienvenu Matumo

Mise en ligne le 12 janvier, 20 à 17:56


Je prends mon droit en tant que citoyen congolais de m’exprimer sur les évènements malheureux qui se déroulent à l’université de Kinshasa, jadis appelée « colline inspirée ».

L’université est un cadre diversifié, ouvert qui se traduit par l’acquisition du savoir et de connaissances, de la recherche et de l’innovation et de la préparation à la vie professionnelle pour les jeunes universitaires. En effet, depuis les années 1960, les jeunes universitaires de Lovanium ont joué et marqué un rôle indispensable dans la marche et la gestion de la République. Si les premiers membres du gouvernement Lumumba étaient des anciens étudiants de cette université, aujourd’hui, cette unité de formation et de recherche continue à influer positivement et négativement sur la gouvernance de la RDC. Des nombreux acteurs politiques, des avocats et des magistrats, des grands banquiers, des commerçants, des hauts cadres de l’administration publique, et des nombreux opérateurs économiques ont fréquenté cette prestigieuse université.

A ce jour, cette université comme d’autres campus en RDC, est dans un état de délabrement avancé, à la limite dans un état de disparition scientifique. Les infrastructures scientifiques, les laboratoires et ateliers, les bibliothèques, les salles de spectacles, les auditoires et les résidences des étudiants et des professeurs sont quasi inexistants. Loin de moi, l’intention de poser un diagnostic de l’existant de l’université de Kinshasa mais de situer le cadre qui accueille des nombreux étudiants venus de divers horizons de la République et de la sous-région pour acquérir le savoir et la connaissance.

La saga des frais académiques à l’UNIKIN.

Chaque année, les étudiants sont soumis au paiement des frais académiques ne dépassant pas un montant annuel de 200 dollars américains. A ce montant me semble-t-il, il faut y ajouter des frais dits de droits d’auteur pour les syllabus, de frais de transports, de contrat pour la résidence (home), de prise en charge alimentaire, etc. généralement, ce montant fait l’objet de négociation entre les étudiants et le comité de gestion sous la tutelle du ministre de l’enseignement supérieur et universitaire.

Cette année académique 2019-2020, le Ministre sectoriel a pris une instruction1 qui établit les rubriques qui doivent figurer dans la nomenclature des frais académiques. Dans son instruction, il a fixé les frais à 164.700 Francs congolais pour les promotions de recrutement et 131.760 Francs congolais pour les promotions montantes.

Par contre, les autorités académiques de l’université de Kinshasa comme celles d’autres universités ont majoré les frais académiques jusqu’à des montants de 480 000 francs congolais et 450 000 Francs congolais pour les promotions de recrutement et montantes respectivement.

Cette majoration n’a pas laissé les étudiants indifférents, ils l’ont réfuté car ils estiment que le pouvoir d’achat de congolais est faible et n’a pas subi d’augmentation pour que les frais soient haussés. Surtout que les étudiants redoutent l’amélioration de la qualité de l’enseignement. Nombreux cours sont laissés en charge des assistants, de Chefs de travaux peu qualifiés au détriment des professeurs d’université qui se pavanent dans les universités privées et dans les missions de consultance dans les organisations internationales et les cabinets politiques.

La négligence ou l’incompétence des autorités publiques.

Depuis la semaine passée, les étudiants de l’université de Kinshasa ont annoncé manifester pour protester contre cette majoration des frais académiques. Ils ont mis en exécution leur menace le lundi dernier en paralysant les activités au campus. Des violences ont été enregistrées car la police est venue intervenir. Le lendemain, soit le mardi 07 janvier, les violences et les barbaries se sont commises dans le site et dans les périphéries de l’université causant des morts du côté de la police et des nombreux blessés. Des destructions méchantes et de pillages des équipements bancaires ont été enregistrés.

Après, ces évènements malheureux, les autorités du pays se sont mises à condamner les violences et à prévenir les violences prochaines. A ce titre, une décision du gouvernement a suspendu les activités au campus et a demandé aux occupants de résidences à les vider afin d’identifier les infiltrés qui résident dans ces homes et qui seraient auteurs de troubles et violences. Les occupants devraient être identifiés avant d’accéder de nouveau à leur logement.

Certains questionnements se posent en effet : qui autorise les étudiants à occuper les résidences ? comment vivront les étudiants venus de provinces et qui n’ont pas de familles à Kinshasa ? Le gouvernement a-t-il prévu des logements provisoires à ces étudiants ?

D’ailleurs, la bonne question, pourquoi le comité de gestion et le ministre n’ont-ils pas dialogué avec les étudiants qui portent une revendication légitime socialement ? La décision du ministre ne serait-elle pas celle de répondre à la question posée que de résoudre les conséquences qui découlent de la violence ?

En outre, j’ai suivi avec stupéfaction que les étudiants sont infiltrés, c’est qui est évident. Qui oublient que le régime de Joseph Kabila toujours au pouvoir actuellement avait infiltré les universités congolaises pour étouffer les manifestations anti-Kabila qui étaient récurrentes dans nos universités étant donné que les étudiants (vu leur précarité) sont acquis à l’opposition ? De qui se moquent-ils lorsque les dirigeants brandissent l’infiltration comme motif valable soutenant la décision de déguerpir les étudiants dans les conditions inhumaines ? et plus loin, qui autorise le lotissement autour du campus ? et qui contrôle les habitants vivant dans ces quartiers ?

Vers une solution populiste du Président de la République ?

J’ai appris par les médias2 que le Président de la République va recevoir les étudiants ce week-end afin d’envisager une solution aux revendications des étudiants. Ces autorités ont attendu que les choses dégénèrent avec des dégâts humains et matériels pour penser aux solutions ? N’est-ce pas que la question est très simple à résoudre sans forcément l’intervention du président ? Je pense que le Ministre de l’enseignement supérieur et universitaire accompagné par le comité de gestion et la coordination des étudiants doivent trouver une solution durable aux revendications des étudiants. Il est essentiel de remarquer que le Président ne doit pas faire ombrage à d’autres autorités politico-administratives. Le ministre de l’ESU est le seul compétent à la matière.

Ce qui doit être fait maintenant pour l’avenir de l’université de Kinshasa ?

Il est urgent et impératif d’engager des négociations courageuses et respectueuses entre les parties afin d’endiguer cette crise artificielle à l’université de Kinshasa. A l’heure actuelle de la mondialisation, la qualité de l’éducation est déterminante dans la guerre de l’intelligence artificielle d’une part et dans la démarche de reconstruction de la RDC d’autre part. La crise de l’intelligence congolaise doit trouver des solutions par une éducation de qualité et pertinente qui répond au besoin du marché congolais et international.

Pour y arriver, le gouvernement doit investir dans l’éducation au niveau supérieur et universitaire et ses infrastructures y afférentes. Dans le cas d’espèce, le déguerpissement des occupants des résidences est une opportunité majeure qui s’offre aux décideurs de réhabiliter les bâtiments, de moderniser les auditoires, d’équiper les bibliothèques, de construire les nouvelles résidences, de donner des bourses aux étudiants, de valoriser le personnel académique et administratif, etc.

Sans ces actions, cette décision ne saurait servir à une bifurcation qui donne de l’espoir aux étudiants et aux enseignants.

1Instruction académique n°021/minesu/cab.min/tll/byp/mnb/2019 du 15/10/2019 portant directives relatives à l’année académique 2019-2020

2 Les propos du Directeur de cabinet du Président a annoncé sur https://actualite.cd que les étudiants seront reçus par le président de la République.


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