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366 ième jour de Fred Bauma et Yves Makwambala en prison, c’est TROP


Publié le : 14 mars, 2016 à 17:01 | |


Une militante a écrit une lettre à Fred Bauma pour ses 366 jours en prison

Incisa e Figline Valdarno, 14 mars 2016FB_20150824_20_13_10_Saved_Picture (1)

Mon cher ami

Comment tu vas? Comment étaient tes jours quand tu étais détenu en secrets à agence nationale de renseignement ? Comment tu distribues ton temps sur tes journées et tes nuits en prison? Il y a certainement des détenus violents, comment tu te défends, comment tu te protèges ? J’ai tellement des questions à te poser. On aura des longues conversations quand tu vas être hors des prisons. C’est pour bientôt.

Depuis le premier jour de ton arrestation, ta détention en secret, quand tu es apparu devant les tribunaux de Kinshasa et ton transfert à Makala,  je me dis que ta libération est pour bientôt, car mon espoir, personne ne saura me l’ôter. C’est cet espoir qui ne fait vivre.

Cette aventure difficile vient de durer une année mais l’usure du temps n’a pas affecté ni mes convictions, ni mon engagement que je partage avec toi et avec tous les autres militants.  Ta force de résistance, tu la transmets à moi et à des milliers des jeunes du monde. Ces peines de te savoir en prison pour avoir essayé d’être un bon citoyen, me  forment à devenir forte pour affronter ces injustices que toi tu es obligé de devenir le symbole. Ton courage est exceptionnel car tu marches aujourd’hui sur le sentier de la mort, et tu ne lâches pas.

La petite phrase que tu m’as envoyée de ta cellule de Makala m’est enfin parvenue … je la répète pour toi et pour moi et pour tous les militants qui acceptent encore de risquer leurs vies pour que les valeurs et le bien remplacent l’inacceptable et l’anormal qui sont devenus la règle du système congolais.

« Si vous ne pouvez plus marcher, ramper. Mais à tout prix continuer d’avancer!! »

Nous avançons, certains dans les prisons et d’autres hors des prisons. Moi je ne suis pas autant libre dans cette Europe qui s’enferme dans ses propres murs. La vie intense de chez nous me manque, nos discussions avec vos voix hautes et les idées surprenantes me manquent beaucoup. Goma me manque, mon pays me manque. Tu me manques. Je compte revenir bientôt pour voir en face la beauté et la misère de mon peuple, c’est la thérapie ultime après ces jours hors de mon pays, loin de ma mission. Rire avec ceux qui rient, pleurent avec ceux pleurent, luttent avec ceux qui luttent,

Tu sais, je n’imaginais pas que les actes loyales conduiraient en des prisons pour des longues durées alors que des chefs des groupes armés qui ont tué et qui tuent nos pères, nos mères, nos frères, nos frères sont toujours récompensés par des postes politiques et des grades militaires. Des militaires affairistes, des politiciens détourneurs des fonds publics circulent librement.

Je n’imaginais pas que toi tu serais emprisonné et accusé des si grandes choses et risquerais la plus grande sentence. Tu ne sais pas mesurer l’angoisse que j’avais eu en écoutant les charges montées en une grosse pièce mensongère contre toi. C’est incroyable qu’un état, notre état soit devenu si oppresseur envers nous, sa propre jeunesse.

Maintenant une longue année vient de se boucler. On ne rêve que de ta libération. C’est trop petit comme rêve, mais je suis condamnée à cela. Nos rêves étaient splendides ! L’écologie, la santé, l’entrepreneuriat, le changement du système, je n’y pense plus comme avant. Avec toi en prison, on ne rêve que de ta libération. On rêve petit pour être réaliste.

Maintenant que les mandats électoraux sont en train de s’épuiser, ils n’ont pas honte de vouloir changer les règles du jeu et de se maintenir au pouvoir. Et voilà tout notre combat se réduit à exiger des libérations et demander l’alternance politique ; des dispositions claires de la constitution, la liberté et la démocratie.

Toi, malgré toi, tu es en première ligne sur tous les fronts.

Nous exigeons inlassablement ta libération pure et simple et voilà une année qu’on a encore rien reçu. Ça ne devrait pas se passer comme ça, ils ne devraient pas t’enlever, ils ne devraient pas t’emprisonner. Tout était faux dès le départ. C’est dur de lutter pour la libération quand les accusations sont fausses et fabriquées même l’arrestation de la personne a été injuste et gratuite.

La  non-violence, la dignité de la personne, la responsabilité, le fameux « Assumer sa lutte » et « risquez ensemble » et encore notre amour inconditionnel pour notre pays sont autant des motivations et des principes qui nous poussent à lutter pour construire le Congo qui nous ressemble, ils les piétinent.

Mon cher ami,

Ton sacrifice bien qu’il te l’impose a beaucoup de significations. Ton emprisonnement a donné un sens profond à notre histoire. Il dévoile l’animosité de la classe dirigeante actuelle. Tu es le témoignage vivant de la dictature qui était caché sous des institutions aux façades démocratiques. Ceux qui animent les institutions n’avaient pas compris que la génération du président-à-vie a vieilli et que nous sommes maintenant en République DEMOCRATIQUE du Congo. Que la démocratie est la règle. La constitution est le guide. Tu portes les souffrances de cette douloureuse transition de la dictature à la démocratie.

Pour la classe dirigeante, les discours contradictoires des différentes autorités frôlent parfois l’humour. J’ai une impression qu’ils sont touchés par le courage et par la détermination des jeunes bien qu’ils ne sont pas encore en mesure de vaincre leurs avarices. Je les inviterais à te rendre visite pour te connaitre davantage. Je pense que s’ils te rencontraient, s’ils prenaient le temps de t’écouter, et de discuter avec toi, ils s’excuseraient de t’avoir jugé de terroriste, ils te demanderaient pardon pour ces jours qu’ils volent à ta vie.

De loin, quand je fixe mon regard vers le Congo, je vois tes prédateurs agités comme des passagers qui sont sur un bateau qui est en train de couler. Leurs discours incendiaires sur nous, sonnent sur mes oreilles comme des cris de détresse lancés par des individus un peu grossiers. Et je me dis toujours, on ne doit pas les laisser mourir, on doit faire notre part pour leur faire prendre conscience de leur égoïsme démesuré. Du coup, les discours des politiciens m’encouragent à assumer davantage ma lutte.

Ton emprisonnement a mis en lumière sur le rôle des services de sécurité et ceux des renseignements congolais qui ne se mobilisent que lorsqu’ils soupçonnent que les intérêts des certaines personnes sont en danger. Leurs intuitions le trompent souvent. Car pour le cas précis de notre mouvement, ce sont les intérêts des citoyens qui comptent.

Ton emprisonnement a déchainé les langues : les questions liées au changement de la constitution sont devenues l’actualité constante et toi l’eternel bouc émissaire qui est tiré par des pour et des contre la démocratie. Je ne sais plus compter les nombres des conférences de presse du gouvernement sur toi ! Et les condamnations et préoccupations des États et des organisations des défenses des droits de l’homme sur la situation de la démocratie dans notre pays.

Ton emprisonnement a ouvert une série des arrestations des jeunes de notre mouvement. J’ai pris conscience que nous sommes dans les viseurs de ceux qui te gardent en prison, ils veulent nous détruire. Ils veulent décourager les jeunes à prendre en main l’avenir du pays. Ils prennent jour pour jours des mauvaises décisions contre nous et malheureusement contre eux-mêmes. Si j’étais à leur place, je ne me féliciterais pas. Ils utilisent trop d’énergies pour nous détruire alors que nous sommes trop petits, des simples jeunes gens. Pour nous anéantir il suffirait qu’ils respectent la constitution du pays et nous laissent tranquilles. Mais quand ils mêlent injustement toutes les institutions du pays pour leurs intérêts, ils mobilisent le peuple en la lutte, ils attirent envers nous tous les media et les organisations des droits de l’homme. En un mot, ils s’occupent trop bien de notre publicité et en notre formation en la démocratie. Par exemple, en matière de jugements sur la justice congolaise je me fiais aux juristes, mais là, sans demander avis aux juristes, je peux donner des cas concrets et personnalisés pour prouver que le pouvoir justicière, la mère du peuple « la justice » n’est plus indépendante. Elle est devenue une arme à destruction massive au service du pouvoir exécutif. C’est énervant mais c’est cela.

Pour nous, les conséquences sont lourdes : Trésor Akili, Gentil Mulume, Sylvain Kambere et Vincent Kasereka ont fait plus des mois en prison. Ils ont été condamnés à des peines de 6mois avec sursis pour avoir mobilisé les personnes à sifflets en soutien à toi et en la cause de la démocratie. Ensuite l’emprisonnement ignoble de Juvin Kombi et Pascal Byumanine et leurs 7 compagnons pour avoir participé aux cérémonies de deuil aux massacrés de Beni et leurs condamnations injuste. Et malgré toutes leurs citoyennetés responsables, Serge Sivyavuha, Justin Kambale, Ghislain Muhiwa, Mike Kamundu et John Assyenda et Rebecca Kavugho sont en train de subir la prison et des condamnations injustes. Et Bienvenu Matumo et Thierry Kapitene ont été enlevés et t’ont rejoint à Makala sans n’avoir rien organisé, ni rien dit, rien fait de mal. Et Mon ami Yves, comment il va? Je ne le connaissais pas avant qu’il soit arrêté, aujourd’hui je le porte dans mon cœur. J’ai hâte de le rencontrer. Tu sais qu’avec eux, vous êtes mes héros.

Je pourrais écrire à tous mes amis pour leur exprimer mon unité et assumer avec eux ces moments difficiles. Mais, ça va attendre un peu.

Ton emprisonnement m’a aussi appris qu’on n’est pas seule. Que des jeunes  du Congo et du monde entier sont avec nous, sur la page facebook ouvert pour la solidarité à toi et à Yves Makwambala, on a vu des photos de jeunes de toutes les races, de tous les continents griffonner sur leur corps  le fameux hashtag #FreeFred #FreeYves, sur twitter, on voit naitre des #FreeLucha populaires! C’est encourageant de se sentir soutenir! Je sais que nous allons nous en sortir bien que la lutte nous impose trop des sacrifices pour construire notre pays à notre image. Le mal est entré trop loin, le changement des régimes ne nous suffirait plus…

Mon cher ami, tu dois savoir que devant mes yeux, tu es un homme libre même en prison. Et promets-moi que même là tu lutteras au moins pour ta survie. La lutte semble dure et longue. Prends toujours soin de toi. Lutte au moins pour ne pas mourir. N’acceptes pas de mourir ni physiquement, ni intellectuellement, ni moralement.

Avant de finir, laisse-moi te raconter une joie : Fred, nous sommes le peuple que nous rêvons, nous sommes des jeunes qui construisons, à mains nues, l’avenir de notre pays, au prix de notre sang. Nous sommes en train de bâtir douloureusement et dignement le pays de notre rêve sans aucune protection, sans aucun soutènement en profondeur. Dorénavant, notre démocratie ne sera plus le copié-collé des systèmes exportés des quelques lobbyings politiques. Nous sommes ces témoins et acteurs de notre œuvre. Certes, nous sommes au niveau trop bas de l’échelle que nous devons escalader mais le cœur chaud, nous y allons… quelque soit le temps que ca prendra, on y arrivera. La voie que nous avons choisi, celle de la non-violence, des respects de la dignité de la personne, celle de la responsabilité et de l’indépendance, de l’amour, de l’éducation à la citoyenneté responsable est la plus longue mais elle est la plus efficace. On y arrivera… La fierté de notre peuple, un jour elle sera noblement retrouvée. J’en suis maintenant sure car nous existons, car tu le prouves en bravant la plus grande peur, celle de la mort. Tous les militants de notre mouvement risquent la mort en restant au pays par ce que le pouvoir actuel ne veut pas simplement s’occuper des soucis les plus élémentaires du peuple et au lieu de se prendre à ses propres obligations, nous prend pour cible à éliminer. Nous sommes ces fils et filles dignes! C’est vrai, en plus…

Bon, il faut du Courage pour poursuivre la lutte et pour survivre, soit courageux et exprimes-le comme tu le penses. J’essayerai aussi de l’être. Tu as le soutien de beaucoup des personnes qui sont fatiguées des injustices.

Je suis contente de t’avoir rencontré grâce à la LUCHA et de d’avoir comme ami. Je suis contente que grâce à la lutte, j’aie rencontré cette personne spéciale que tu es, un jeune Congolais qui a la grandeur en la mesure des défis qu’il relève.

Nous sommes nombreux qui t’attendons à l’extérieur de ces murs de la prison Makala. La justice triomphera, le peuple gagnera…

Dans quelques jours sera ton anniversaire de naissance, pour cet événement spécial pour ta famille et pour tes amis et pour tous ceux qui t’aiment, je t’offre mon soutien et je te confirme que tu peux encore compter sur moi. Je prie pour toi et pour notre lutte.

Un câlin patriotique

A bientôt !

Micheline Mwendike

 

 

 


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